Décadence

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Décadence

Message  Su Metsi le Mer 8 Juil - 21:52

Su ne savait plus depuis combien de jours elle était restée enfermée. Elle n'avait pratiquement pas bougé de la place qu'elle avait prise après avoir appris que Yuji... Sauf une fois... Les griffures du mur barraient encore son front.

Elle décida de se lever. Ses articulations lui faisaient mal. Elle se tenait au mur pour se diriger vers la salle de bain. Une dizaine de personnages sans visage l'accompagnait. Ils avaient juste un sourire qui flottait au milieu d'un ovale blanc. Elle avait presque oublié l'agencement de son appartement.

Elle entra dans la salle de bain et alluma la lumière. Tout disparut. Elle ne voyait que du blanc, ses yeux la brûlaient. Elle avait eu un mouvement de recul contre la porte qui s'ouvrit et la fit tomber. Il y eut un bruit étrange. Comme si l'on faisait tomber une pierre sur le carrelage. Elle avait mal. Elle se releva tant bien que mal. Elle commençait seulement à voir.

Elle se deshabilla pour aller se doucher. En passant devant le miroir, elle ne se reconnut pas tout de suite. Ses os ressortaient. Sa peau fine les recouvrait, rien de plus. Elle n'avait plus de courbes, aucun relief. Elle se doucha donc. Elle détestait passer sa main sur son corps. Elle se repugnait.

Elle alla chercher des vêtements amples qui lui tombèrent dessus comme si elle n'était qu'un cintre. Elle n'était plus qu'une masse informe. Elle n'était plus qu'un squelette vivant.

Elle décida de sortir, peu importe ce qui allait se passer. Mais d'abord, elle voulait remettre ses cheveux en place, la seule chose qui paraissait encore saine. Seulement, lorsqu'elle passa sa brosse, des dizaines de cheveux partirent. Dans la cabine de douche, plusieurs fils roux s'amoncelaient.

Elle couvra donc sa tête de la capuche de son sweat et, en sortant, glissa ses clés dans la poche de son jean qui tombait droit. Il était censé être près du corps...

La lumière du jour lui blessait les yeux. Elle retourna chercher des lunettes de soleil et se dirigea vers le parc. On ne voyait plus ses yeux, ni les immenses cernes qui bordaient ses yeux témoignant d'un nombre d'heures de sommeil plutôt limité.

Elle s'assit sur un banc. Ce n'était pas confortable. Le regard perdu au milieu de l'eau, elle resta ainsi de longues heures. Les enfants jouaient juste derrière elle, des gens passaient devant elle sans la regarder. En fait, ils évitaient de poser leurs yeux sur elle. Plusieurs personnes âgées s'étaient installées à côté d'elle, nourrissant les canards, pigeons et autres oiseaux. Personne ne lui adressa la parole. Sauf peut-être une dame âgée. Elle lui avait parlé de son fils qui venait de finir ses études de médeciben Elle lui avait donné sa carte de visite, enfin celle de son fils.

"Il pourra vous aider...".

Su n'avait rien dit, elle ne s'était pas retournée vers elle. Elle ne savait même pas si elle avait écouté l'intégralité de ses paroles. Finalement, elle partit, en lui glissant un au revoir, en souriant. Enfin c'était ce que Su avait cru deviner à l'intonation de sa voix. Elle garda la carte entre ses mains. D'habitude, enfin, si son état avait été moindre, elle l'aurait pliée,tordue pour se détendre. Mais là, rien. Son regard était happé par l'eau qui coulait inlassablement devant elle.

Elle ne savait même pas pourquoi elle était dans cet état là. C'était ridicule. Elle était ridicule.

Bientôt, la nuit tomba. Les dealers et leurs clients arrivèrent et envahirent le parc. Un d'eux se posa à côté d'elle pour faire son marché. Il lui en avait même proposé mais elle ne dit rien. Il n'insista pas. Il parla de ses problèmes. Il vivait des choses dures chez lui, il devait avoir presque le même âge qu'elle. Il disait qu'il avait besoin de s'évader, il était à la limite d'exploser. Elle comprenait mais ne dit rien. Toujours les yeux rivés sur l'eau.

Des sirènes de voiture de police. Des freins. Il voulu l'emmener avec lui, pour pas qu'elle ne se fasse prendre. Mais elle ne bougea pas. Alors il partit en courant en s'excusant.

Des pas derrière elle. Bientôt du métal froid autour de ses poignets. Ils avaient dû beaucoup serrer. On la souleva. Elle ne réagit pas. On la traîna à travers le parc, elle ne soulevait pas ses pieds. Elle essaya de se retourner pour voir l'eau à nouveau. On la secoua puis la tira pour qu'elle avance. On la fit s'asseoir. Un claquement de portière. Puis d'autres. Le bruit résonnait en elle.

On la sortit. Un bâtiment se dressait devant elle. Ils entrèrent. On retira brusquement sa capuche et ses lunettes. Ils testèrent son alcoolémie. Puis on fouilla ses poches. Ils cherchaient de la drogue. Ils sortirent les clés. Ils allaient sûrement fouiller chez elle. Ils lui firent faire un dépistage de drogue. Il était négatif. La dernière fois, c'était chez...

On lui posa des questions auxquelles elle ne répondit pas. Ils commençaient à perdre patience. Ils essayaient de la trouver dans leurs fichiers. Ils cherchèrent ses papiers. Elle ne les avait pas.

Elle fixait le verre d'eau devant elle. Il y avait des ondulations à chaque fois qu'ils frappaient la table. Depuis combien de temps était-elle ici?

Ils ne trouvèrent rien sur elle. Ni drogue, ni argent, rien. Un homme passa. Il était plus calme que les autres. Il leur annonça sa libération car ils n'avaient rien à lui reprocher. Si ce n'est qu'elle était au mauvais endroit au mauvais moment. Il la raccompagna dehors et s'excusa. Il lui souhaita une bonne soirée, puis rentra.

Elle resta ainsi pendant quelques minutes puis descendit les marches du bâtiment. Elle ne savait plus où était la rivière. Elle s'assit alors sur l'escalier et fixa le lampadaire qui clignotait.
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Su Metsi
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